Thème(s) :

Une vérité subjective

« Jésus lui dit : Qu'est-il écrit dans la Loi ? Comment lis-tu ? » Luc 10:27 (NBS)

Jésus est un jour interpellé par un spécialiste des Écritures de l’époque (donc de ce que nous appelons l’Ancien Testament), qui lui demande : « Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle1 ? » Nous sommes là au cœur de la problématique religieuse : hériter la vie éternelle ou passer à côté. L’enjeu est de taille et la réponse à la question n’en est que plus essentielle.

Jésus ne répond pourtant pas mais pose en retour deux questions : « Qu’est-il écrit dans la Loi ? Comment lis-tu ? » Notons d’abord qu’il invite son interlocuteur à trouver la réponse à sa question dans son propre cadre habituel de référence : il est « spécialiste de la loi », il connaît certainement déjà par cœur ce que les Écritures disent au sujet de ce qui le préoccupe.

Ensuite, Jésus suggère une double démarche, objective puis subjective. « Qu’est-il écrit dans la Loi ? » est une question factuelle, totalement objective, observable, vérifiable. L’homme va accomplir cette première étape en citant mot à mot deux phrases de l’Ancien Testament.

En revanche, le « comment lis-tu ? » introduit une attitude intellectuelle et mentale bien différente. On n’est plus dans la récitation mais dans l’interprétation. Comment comprends-tu ce que tu lis ? De quelle manière donnes-tu du sens à ce que tu lis ? Comment le texte (si vieux, si éloigné de toi) devient-il pertinent pour toi ? Comment les mots que tu lis voyagent-ils dans ton esprit, dans ton cœur, dans ta mémoire, dans les expériences de vie accumulées pour ressortir en message personnel ? Nous sommes dans la subjectivité pure, dans la relation vivante qui se crée entre des mots figés depuis des siècles et la personne pensante et agissante.

L’interlocuteur de Jésus commence cette démarche subjective, ne serait-ce que dans la sélection des deux passages bibliques et dans le fait de les réunir en une seule phrase qui semble être le mot d’ordre qu’il s’est donné à lui-même : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain, comme toi-même2. » Il y a encore du chemin à accomplir dans le « comment lis-tu ? » et Jésus va lui suggérer une nouvelle piste d’application en lui racontant la fameuse histoire du bon Samaritain.

L’évaluation positive de Jésus clôt et oriente la démarche : « Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela, et tu vivras3. » L’homme sait lire sa Bible et il sait la comprendre. Reste à faire, à mettre en pratique, et c’est là semble-t-il que le bât blesse.

Voilà, nous savons tout ! Trouver dans la Bible la réponse à la question fondamentale de la « vie éternelle » est d’abord une démarche objective de lecture, tout simplement. Mais cette démarche glisse aussitôt vers un processus plus complexe d’interprétation du texte. J’ose croire qu’en nous posant la question « comment lis-tu ? » Jésus nous ouvre une porte bien large sur la diversité, la subjectivité, la liberté, les rebondissements, les surprises, les émerveillements de toutes sortes.

Dans cet océan des interprétations, des compréhensions, des hypothèses, des audaces, des sens possibles, une ligne directrice est donnée par le Maître : « fais cela ». Ne construis pas des élucubrations subtiles et farfelues, mais détermine une action, un chemin de vie, un mode de comportement. Prends le temps de l’analyse, de la réflexion, de la compréhension, mais ne te pers pas dans des méandres intellectuels : agis, vis ! Seule la lecture de la Bible conduisant à une éthique personnelle est porteuse de vie, ici-bas et éternellement.

  1. Luc 10.25, Nouvelle Bible Segond.

  2. Luc 10.27, cite Deutéronome 6.5 et Lévitique 19.18.

  3. Luc 10.28.

Source: tiré du magazine Signes des Temps (Editions Vie et Santé)
Auteur(s): Corinne EGASSE