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Une question de nom…

« Jacob lui demanda : Je t'en prie, dis-moi ton nom. Il répondit : Pourquoi demandes-tu mon nom ? Et il le bénit là. Jacob appela ce lieu du nom de Peniel (« Face de Dieu ») ; car, dit-il, j'ai vu Dieu face a face et j'ai eu la vie sauve. Le soleil se levait lorsqu'il passa Penouel. Jacob boitait à cause de sa cuisse. » Genèse 32:30-32

Dieu vient de donner à Jacob un nouveau nom, signe d’une profonde transformation intérieure ainsi que de la possibilité d’une nouvelle histoire. Un nom neuf comme une page blanche. Un nom qui le libère enfin du poids d’une histoire douloureuse au goût amer de la trahison. Jacob se traduit par celui qui tient par le talon, le supplanteur ou même le fourbe tandis qu’Israël évoque la lutte ainsi que la victoire. Nom porteur d’une dynamique de vie qui ouvre un avenir lumineux.

Dieu commence par lui demander son nom (Genèse 32.29). Si Dieu est réellement Dieu, pourquoi a-t-il besoin de ce renseignement ? En réalité, en demandant à Jacob de dire son nom, Dieu lui permet de se confronter à son histoire, l’incitant à ouvrir les yeux sur sa réalité. Introspection nécessaire pour un nouveau départ dans l’existence. Une fois cette démarche de « confession » entreprise, Jacob est prêt non seulement à accueillir la bénédiction qu’il réclamait, mais aussi le changement de nom qui lui est proposé. Dieu va au-delà de ce que Jacob lui a demandé : il lui ouvre un nouveau possible.

En lui donnant ce nom d’Isra-el, Dieu révèle indirectement son propre nom au travers du sien puisque étymologiquement l’un des noms de Dieu — el — est mêlé sa lutte et à sa victoire. La bénédiction que Jacob réclame à l’issue de la lutte se trouve donc déjà exaucée dans cette initiative de Dieu qui mêle son nom au sien.

Mais cela ne lui suffit pas. Il insiste ; « Je t’en prie, dis- moi ton nom ! » Toujours ce besoin d’enfermer, de définir Dieu ou de chercher à en dévoiler le mystère.  Il reste donc à Jacob/Israël à apprendre que l’on ne peut jamais enfermer l’autre, et encore moins Dieu qui est l’Infini, le Tout-Autre et le Très-Haut, dans un nom qui définit, révèle, enferme et fige.

C’est pourquoi Dieu répond à la demande de Jacob « à côté », par une question qu’il pose à son tour : « Pourquoi demandes-tu mon nom ? » Non seulement la réponse à sa question lui est refusée, mais Dieu l’invite à réfléchir à l’intention inavouée que cette interrogation laisse transpirer. Il est souvent intéressant de réaliser ce qui se trame en filigrane sous nos questions. Surtout derrière ce désir de définir Dieu. Est-ce un désir de puissance ou de maîtrise ? Est-ce une peur non exprimée ? Car derrière le désir de certitudes se cache souvent une peur.

Est-il si difficile d’accepter de vivre avec l’insaisissable et l’inconnu ? N’est-ce pas justement cette démarche que Jésus proposait à Nicodème qui avait tant de mal à renoncer à gérer son propre mystère ainsi que celui de Dieu? « Le vent souffle où il veut ; tu l’entends, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de quiconque est né de l’Esprit. » (Jean 3.8)

C’est donc face à ce mystère, resté comme une « chambre scellée », que Jacob/Israël reconnaît la face de Dieu – traduction de Peniel, qui a le même sens que la ville de Penouel, d’où les  deux formes dans le texte.

Jacob peut donc reprendre la route… Boiteux et fragile mais vivant et en marche !

Source: Adapté du livre "Quarante cailloux blancs" (www.viesante.com)
Auteur(s): Thierry LENOIR