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Une culpabilité positive?

« Alors ils entendirent Dieu qui parcourait le jardin avec la brise du soir. L'homme et la femme allèrent se cacher parmi les arbres du jardin pour ne pas être vus parle SEIGNEUR Dieu. Le SEIGNEUR Dieu appela l'homme ; il lui dit : Où es-tu ? Il répondit : Je t'ai entendu dans le jardin et j'ai eu peur, parce que j'étais nu ; je me suis donc caché. Il reprit : Qui t'a dit que tu étais nu ? » Genèse 3:8-10

Voici donc les toutes premières paroles que Dieu adresse à Adam et Eve, le couple des origines. Démarche qui en dit long sur sa manière de communiquer avec l’être humain : il s’exprime sous forme de questions, se présentant non comme un enseignant, un discoureur ou un moralisateur, mais comme un « éveilleur de consciences ». Ses questions interpellent, invitant à assumer ses responsabilités et ses choix. Dieu pousse l’homme à se dévoiler dans sa vérité, loin des non-dits et des faux-fuyants. Il le stimule à une introspection. N’est-ce pas la seule voix qui favorise l’éclosion de l’adulte ?

Autre fait significatif: Dieu se révèle au milieu de la brise du soir. Brise ou souffle… Le même terme est utilisé lorsque Dieu, après avoir façonné l’être humain dans la terre, y insuffle son souffle vital. C’est donc dans un élément porteur de vie que Dieu décide de se mouvoir. L’intervention divine auprès d’Adam et Eve est portée par une démarche créatrice et non de condamnation ou de mort.

Le souffle, c’est aussi un élément en mouvement constant, invisible, insaisissable, dont on ne peut que ressentir l’effet et qui ne peut en aucune manière être défini et enfermé dans un espace clos. N’est-ce pas d’ailleurs pour cela que Jésus enseignait qu’il fallait adorer Dieu
« en Esprit — littéralement : dans le souffle — et en Vérité… » (Jean 4.23) ?

Première question de Dieu : « Où es-tu ? » Question essentielle et fondamentale face à nos courses et nos fuites incessantes.

On l’entend souvent comme une mise en accusation, alors qu’elle est à accueillir comme un signe de profonde sollicitude : Dieu cherche Adam, comme il nous cherche inlassablement.

Une parole de la sagesse indienne dit : « Là où tu es, c’est là qu’il faut commencer le voyage. » Encore faut-il prendre conscience du lieu et de l’état où nous nous trouvons, car le voyage de la vie ne peut commencer que lorsque nous savons où nous en sommes. Cette prise de conscience permet une mise en marche qui n’est ni fuite, ni course en avant, mais progression.
Cette question posée par Dieu à l’homme cherche donc à faire de lui un « éveillé ». Lorsqu’il le questionne, c’est pour le porter en avant de lui-même. Il faut bien reconnaître que les moments de crises sont des temps de questionnement qui poussent à se demander : « Où en suis-je maintenant dans mon existence ? »

Si seulement aujourd’hui nous pouvions encore entendre cette question qui montre que nous sommes cherchés…

Si seulement nous pouvions définitivement quitter le Dieu qui flagelle pour aller vers ce Dieu qui appelle…

Et c’est là qu’Adam prend pleinement conscience de sa situation de fuite : « J’ai eu peur, parce que fêtais nu et je me suis caché. » Premier pas vers la guérison et la croissance : reconnaître son état et ses émotions. Adam exprime une peur qui révèle un sentiment de culpabilité. Il y a une culpabilité qui écrase et anéantit. Il y a aussi celle qui met en marche vers la réconciliation. Tout dépend bien entendu du vis-à-vis « éveilleur ».

Dieu continue alors son interpellation en posant sa deuxième question essentielle : « Qui t’a dit que tu étais nu ? » Une fois encore, il place l’homme au cœur de sa responsabilité, l’invitant à comprendre ce que cette culpabilité révèle de lui-même. Introspection certes bien difficile… Preuve est apportée par la suite du récit où l’homme cherche à accabler la femme qui est à ses côtés, femme qui rejette à son tour la culpabilité sur le serpent malin.

Mais Dieu ne souhaite pas l’effondrement de l’homme face à cette introspection. Alors, plutôt qu’un long discours moralisateur, il accomplit un geste apaisant et libérateur : « Le SEIGNEUR fit à l’homme et à sa femme des habits de peau, dont il les revêtit. » (Genèse 3.21)

Une culpabilité positive est une culpabilité qui nous ouvre au besoin et à l’accueil du pardon. En ce sens, elle devient source de vie.

Source: Adapté du livre "Quarante cailloux blancs" (www.viesante.com)
Auteur(s): Thierry LENOIR