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« Thalassa ! » ou « Bod lan mè pa lwen ! »

« C'est pourquoi, mes bien-aimés, et très chers frères, vous qui êtes ma joie et ma couronne, demeurez ainsi fermes dans le Seigneur, mes bien-aimés ![...]
Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur ; je le répète, réjouissez-vous.
Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. » Philippiens 4:1,4-5

Plusieurs d’entre vous ont lu (ou entendu parler de) cet épisode célèbre rapporté dans l’Anabase  de Xénophon.
En 401 avant J.C, environ 10 000 mercenaires grecs furent recrutés par Cyrus le Jeune qui contestait, dans une guerre de succession, le trône à son frère, le roi Artaxerxès II Mnèmon.
Cyrus le Jeune fut tué lors de la bataille décisive de Counaxa et, par la suite, Artaxerxès II fit exécuter par traitrise plusieurs des chefs des troupes grecques.
Les 10 000 mercenaires grecs prirent  donc la fuite dans un immense périple de plusieurs milliers de kms à travers l’Asie (et les territoires des actuels Irak, Syrie, Arménie, Turquie) et singulièrement au cœur de l’empire perse.

L’Athénien Xénophon raconte, au livre IV de son ouvrage (qui en compte sept et qui est un classique de la littérature antique), comment ces hommes s’écrièrent de joie, après avoir traversé les montagnes arméniennes, tout en étant harcelés par les peuples vassaux des Perses : « Thalassa ! Thalassa ! » (Ce qui signifie, comme vous le savez, « La mer ! La mer ! ») en apercevant la Mer Noire, symbole de délivrance pour ces Hellènes, depuis le sommet d’une montagne.
Il me semble (Je m’avance un peu mais c’est une hypothèse) que c’est peut-être de cet épisode que provient l’expression créole usitée en Guadeloupe « Bod lan mè lwen » ou a contrario « Bod lan mè poo lwen » ou encore « Bod lan mè pa lwen » (littéralement « le rivage n’est plus très loin » ou « la mer est proche ») lorsque l’on veut exprimer le fait de ne pas être encore parvenu au bout de ses peines ou qu’au contraire elles touchent à leur fin.

Cela évoque en moi un autre cri de délivrance (rapporté ci-après par le prophète Isaïe dans son livre) qui sera poussé par ceux qu’on appelle les rachetés (c’est-à-dire vous et moi, si nous acceptons de faire partie de ce groupe) à la fin des temps : « Il anéantit la mort pour toujours; Le Seigneur, l’Éternel, essuie les larmes de tous les visages, Il fait disparaître de toute la terre l’opprobre de son peuple; Car l’Éternel a parlé.
En ce jour l’on dira: “Voici, c’est notre Dieu, en qui nous avons confiance, Et c’est lui qui nous sauve; C’est l’Éternel, en qui nous avons confiance; Soyons dans l’allégresse, et réjouissons-nous de son salut!ˮ » Esaïe chap. 25, vv. 8, 9

Paul, dans l’attente de ce jour où nous crierons de joie, déclare :
« …demeurez ainsi fermes dans le Seigneur, mes bien-aimés!
Réjouissez-vous toujours dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous.
Que votre douceur soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. »
Epître de Paul aux Philippiens, chap. 4 vv. 1 (extrait), 4 et 5

Bonne journée et bon courage ! Et soyez toujours joyeux (sans pour autant tomber dans le masochisme, bien sûr !)

Auteur(s): Olivier REGIS