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Que demandons-nous à Dieu ?

 « Jésus lui demanda : Que veux-tu que je fasse pour toi ? » Marc 10:51 (NBS)

Insérée dans l’évangile de Marc entre la troisième annonce par Jésus de sa mort et le début de la semaine pascale1, une question deux fois répétée ne peut manquer d’attirer notre attention. Jésus demande, à Jacques et à Jean puis à Bartimée : « Que voulez-vous (veux-tu) que je fasse pour vous (toi)2 ? » Ce sont les deux seules fois où Jésus pose une telle question, et il le fait à ce moment charnière de son existence où Golgotha se profile à l’horizon.

Que veux-tu que je fasse pour toi ? Quelle question intéressante ! Et dire qu’elle est posée par le super superman, celui qui a calmé la tempête, multiplié les pains, marché sur l’eau, guéri toutes sortes de maladies, ressuscité des morts. C’est fou, c’est inespéré. Tout ce qu’on va pouvoir lui demander ! C’est aussi extraordinaire que le génie de la lampe d’Aladin.

J’imagine que chacun, conscient de la chance qu’il a, demande à Jésus ce qui lui tient le plus à cœur. Jacques et Jean répondent : « Donne-nous de nous asseoir l’un à ta droite et l’autre à ta gauche dans ta gloire. » Bartimée répond : « Rabbouni, que je retrouve la vue ! »

Les uns comme l’autre font preuve de foi envers Jésus. Il en faut beaucoup pour lui parler de sa gloire alors qu’il marche vers la Croix ; il a toutefois annoncé sa résurrection, et c’est là une espérance ténue à laquelle les fils de Zébédée semblent s’accrocher. Bartimée s’appuie sur la solide réputation de guérisseur du Nazaréen, mais comment être sûr que « ça marchera » pour lui ?

Oui, il faut de la foi, mais aussi de l’audace et du courage, pour oser demander à Jésus l’improbable, ce que l’on n’est même pas en droit d’espérer. Demander ce qui est là, au fond de soi, secrètement enfoui, fol espoir qu’on caresse depuis des années, désir inaccessible qui obsède.

Jésus accueille ces prières ferventes. Aux uns il dit non, à l’autre il dit oui. Parce qu’il n’est pas le génie de la lampe merveilleuse, esclave soumis à l’ordre de celui qui frotte la lampe : « Maître, que désirez-vous ? » Jésus n’est pas un distributeur automatique d’exaucements de requêtes, il n’est pas au service de ceux qui attendent quelque chose de lui.

Comment prions-nous ? Que demandons-nous ? Nous adressons-nous à Dieu comme au génie des Mille et une nuits, récitant la formule magique « au nom de Jésus, amen » comme on frotte la lampe ? Considérons-nous que c’est la qualité ou la quantité de notre foi qui déterminera l’exaucement de nos prières ? Pensons-nous qu’il suffit d’exprimer ce que nous voulons, comme Jésus nous invite à le faire, pour voir nos vœux se réaliser par la puissance divine ?

Dieu s’intéresse à notre volonté. Il nous invite à l’analyser, à la cerner et à l’exprimer. C’est là un exercice de connaissance de soi infiniment précieux. Mais notre volonté n’est pas maîtresse de l’action divine. Dieu n’est pas le génie d’Aladin, il est le Seigneur de l’univers. Il n’obéit pas aux ordres humains, même donnés avec foi. Sa propre volonté est souveraine, et il nous fait l’honneur d’entrer en dialogue avec nos vœux.

Que demandons-nous au Dieu éternel ? Que demandons-nous à Jésus offrant sa vie pour le salut de l’humanité ? Que pouvons-nous vouloir qui tienne devant la majesté infinie ? Lequel de nos vœux a une portée digne de l’éternité et du prix payé au Calvaire par notre Sauveur ?

Jacques et Jean, qui demandent des postes de prestige, ne reçoivent rien. Ils sont dans l’éminemment terrestre, ils sont dans les sinistres valeurs de ce monde. Jésus n’est pas venu pour ça. Dieu n’exauce pas ce genre de prière. Jésus saisit l’occasion pour expliquer une fois de plus l’inversion de valeurs dont il est porteur : « Quiconque veut être le premier parmi vous sera l’esclave de tous3. »

Bartimée, qui demande la vue, la reçoit. La vue, c’est la lumière, c’est l’illumination de l’être. Valeur divine et éternelle s’il en est. Dieu espère et exauce de telles prières.

  1. Voir Marc 10.32-34 et 11.1-11.

  2. Marc 10.36,51, Nouvelle Bible Segond.

  3. Marc 10.44.

Source: tiré du magazine Signes des Temps (Editions Vie et Santé)
Auteur(s): Corinne EGASSE