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Partir…

« Le SEIGNEUR dit à Abram : Va-t'en de ton pays, du lieu de tes origines et de la maison de ton père vers le pays que je te montrerai. » Genèse 12:1

Cette parole, qui semble arracher Abraham — Abram de son premier nom — à sa vie tranquille et bien structurée, le propulse dans une incroyable aventure de la foi. Et c’est bien d’un arrachement dont il est question ici : il doit quitter sa terre, sa culture et l’environnement de son enfance, le cocon douillet de sa famille et de sa société, une logique bien rodée par les habitudes. .. Et il n’est pas tout jeune : il est dans sa soixante-quinzième année !

Si seulement Dieu lui avait montré au préalable une destination sécurisante. Si seulement il savait où il allait. Lorsqu’on sait où l’on va, lorsqu’on connaît ce que l’on va trouver, c’est encore acceptable de quitter son environnement. Mais lorsqu’il s’agit de partir sans savoir ce qui nous attend… cela peut sembler insensé.

« Va vers le pays que je te montrerai ! » Il part donc à l’aveugle.

Quelle est donc cette fascinante attraction qui pousse Abraham vers cet ailleurs inconnu que lui fait miroiter Dieu?

L’expression en hébreu contient un mystère qui lève un voile sur ce qui a pu motiver ce vieillard à devenir un nomade merveilleusement fou : Lekh Lekha, traduit ci-dessus par Va-t’en, doit s’entendre littéralement Va pour toi ou Va vers toi. Curieuse invitation à se mettre en route vers une terre qui, en fin de compte, se révèle être un ailleurs qui mène à soi.

Les sages juifs l’ont très bien compris : ce voyage est d’abord un voyage dans « l’essence de son propre être » (Rabbi de Loubavitch). Dieu invite Abraham a se tourner vers l’intérieur et c’est là, dans cette intériorité, qu’il va découvrir la terre de Dieu. N’est-ce pas à cette merveilleuse découverte que nous invite l’apôtre Paul, lorsqu’il écrit : « Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le sanctuaire de l’Esprit saint qui est en vous et que vous tenez de Dieu… » (1 Corinthiens 6.19) ? Le voyage le plus sacré est donc un voyage intérieur et l’espace le plus sacré est un espace intérieur. C’est là que se cachent le visage et l’image de Dieu ainsi que l’essence divine qu’il a insufflée en nous. Le livre de la Genèse ne nous apprend-il pas que Dieu nous a créés à son image (Genèse 1.26) ? Cette découverte ne peut se faire que par une révélation. Jésus disait : « Celui qui met sa foi en moi, des fleuves d’eau vive couleront hors de son sein… » (Jean 7.38) Par ces mots, il invitait à prendre conscience de l’existence d’une source intérieure qui ne demande qu’à jaillir hors de nous.

Mais pour que ce voyage ne prenne pas l’allure d’une quête hasardeuse vers un mirage ou vers le néant, Dieu se présente comme Le Guide qui n’abandonnera jamais son pèlerin, souhaitant conclure avec lui une alliance éternelle.

Cet ordre de Dieu peut s’entendre ainsi : « Sors de tes limites pour accéder au moi que seul Moi Je peux te montrer, ce moi qui fait corps avec Moi.» (Rabbi de Loubavitch).

Le voyage proposé à Abraham n’est donc pas un arrachement hors de lui, mais une plongée intérieure qui lui permet de renouer avec ce qui fait son identité profonde : son lien intime et personnel avec son Dieu. Et ce voyage passe par un univers radicalement nouveau et différent, qui traverse même un désert : le Néguev.

Abraham est devenu adulte devant Dieu, le cordon est enfin coupé.

Source: Adapté du livre "Quarante cailloux blancs" (www.viesante.com)
Auteur(s): Thierry LENOIR