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Le libre-arbitre

« Le SEIGNEUR dit à Caïn : Pourquoi es-tu fâché ? Pourquoi es-tu renfrogné ? Si tu agis bien, ne relèveras-tu pas la tête ? Mais si tu n'agis pas bien, le péché est tapi à ta porte, et son désir se porte vers toi ; à toi de le dominer ! » Genèse 4:6, 7

Suite des interpellations fondamentales de Dieu. L’histoire nous rapporte que Caïn est en colère. Avec son frère Abel, ils ont apporté leurs offrandes à Dieu. Abel semble avoir été accueilli par Dieu. Ce qui n’est pas le cas de Caïn qui se sent repoussé. Face à cette apparente injustice, Caïn ne peut que ruminer sa rancune, sa colère et son incompréhension. Littéralement, le texte dit que quelque chose brûle en lui et que sa face en tombe.

Dieu s’approche alors de lui avec une question qui touche le cœur de la blessure : « Pourquoi es-tu fâché ? Pourquoi es-tu renfrogné ? »

Interpellation qui, une fois de plus, invite à revenir au centre des émotions pour réaliser ce qui se passe. Quand l’émotion s’embrase, il est vital d’entendre le signal d’alarme, de faire l’inventaire des dégâts et de réaliser ce qui est réellement en train de se passer. Mais ce chemin n’est pas aussi évident qu’il n’y paraît : le simple fait, lorsque nous sommes en colère, de chercher à savoir pourquoi cette émotion nous embrase, montre bien que la réponse n’est pas si facile à apporter. Il arrive même que la colère nous submerge tant que l’élément qui l’a déclenchée n’est plus présent à notre conscience. Nous recentrer alors sur cette émotion peut permettre d’amorcer un chemin d’apaisement.

Toujours est-il que cette question nous met en marche vers nous-mêmes et ouvre une porte à l’expression. Notons au passage que le mot expression parle bien de pression à laisser sortir plutôt qu’à étouffer sous un couvercle.

Visiblement, la démarche de Dieu offre la possibilité de cette expression salutaire pour sortir de la rumination mortifère. On a l’impression que Dieu cherche à assumer un rôle de « punching-ball » ! On le sait bien : le « non-dit » est dramatiquement destructeur.

Dieu propose même à Caïn de se confronter à cette injustice en clamant son innocence : « Si tu agis bien, ne relèveras-tu pas la tête ? » ou littéralement : « N’y aura-t-il pas élévation ? » Autrement dit : ton introspection te permettra de voir plus clair dans tes émotions et tu pourras, le cas échéant, revendiquer ton innocence, te confronter à une injustice et grandir – t’élever – dans l’estime de ta personne par une juste revendication.

Par contre, si cette introspection révèle ta culpabilité, alors « le péché est tapi à la porte », c’est-à-dire que toute ouverture possible dans l’existence est momentanément bouchée. Caïn risque alors de ne plus pouvoir avancer dans la vie à cause de ce fossé intérieur – c’est l’un des sens du mot péché. Là encore, Dieu offre un message d’espoir : rien n’est définitivement perdu, tout peut fleurir à nouveau à chaque instant. «A toi de le dominer ! » C’est-à-dire : entre tes mains, j’ai remis le contrôle. Caïn est invité à agir en homme libre. Dieu veut envisager cette possibilité de rebondir dans l’existence, même pour l’homme coupable. Car Dieu cherche à favoriser une remise en question sincère, premier pas vers la guérison intérieure.

La suite appartient donc à Caïn. Repoussant la chance offerte de pratiquer cette introspection – n’est-il pas libre après tout ? – c’est un innocent qui paie. Il assassine son frère Abel et plonge encore davantage dans le gouffre.

Le libre arbitre fait de l’homme un être responsable. C’est un risque que Dieu a choisi de prendre… aux conséquences parfois bien douloureuses !

Source: Adapté du livre "Quarante cailloux blancs" (www.viesante.com)
Auteur(s): Thierry LENOIR