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La Vision qui change la perception.

« L'année de la mort du roi Ozias, je vis le Seigneur assis sur un trône très élevé, et les pans de sa robe remplissaient le temple. » Esaïe 6:1

Lorsque l’on étudie le livre d’Esaïe, et plus spécifiquement le chapitre 6 relatant la vision et la vocation du prophète, on aurait tendance à croire que cette histoire est placée un peu par hasard à cet endroit, et que les 5 premiers chapitres qui le précédent se sont déroulés après cette vision du chapitre 6 (après  tout, Esaïe 6  n’explique-t-il pas la vocation d’Esaïe en tant que prophète?).
Pourtant en étudiant de plus près les chapitres précédant cette vision et ceux qui la suivent, on se rend compte qu’il existe une différence subtile (que nous verrons plus bas) entre ces deux groupes de chapitres: il y a un avant chapitre 6 et un après chapitre 6. Ainsi on peut supposer que le ministère d’Esaïe en tant que prophète a débuté avant la vision qu’il a eu au chapitre 6. On estime d’ailleurs qu’Esaïe a commencé son ministère à l’âge de 17 ans, en pleine jeunesse. A cet âge, plein de fougue et d’énergie, on est très sensible au respect de la justice et des idéaux et l’on n’hésite pas à dénoncer haut et fort des situations qui semblent intolérables et injustes.  Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Esaïe avait du grain à moudre en la matière. En effet, à l’époque, le peuple d’Israël jouissait d’une certaine prospérité matérielle mais son état spirituel et social était des plus déplorables. En  particulier, l’injustice sociale était criante et les classes les plus aisées avaient mis en place un vrai système d’exploitation (on pourrait dire de « pwofitasyon ») des personnes les plus pauvres et les plus vulnérables d’Israël.  En d’autres termes, les plus riches exploitaient leur propres frères miséreux.  De plus l’idolâtrie s’était généralisée et le peuple s’était détourné du culte du vrai Dieu.
Ainsi dans les 5 premiers chapitres, Esaïe n’a de cesse de dénoncer ces injustices et cette idolâtrie avec toute la fougue et la force de sa jeunesse. « Malheur à vous… » semblent être le leitmotiv d’Esaïe qui   dénonce sans retenue ses compatriotes pendant ces 5 premiers chapitres. Il lance cette imprécation (« Malheur à vous… ») pas moins de 8 fois  du chapitre 1 au chapitre 5. Il n’y va pas de main morte et  se montre très critique envers la nation d’Israël.
Puis arrive la fameuse vision d’Esaïe dans le temple. Cette vision semblait paradoxale, étant à la fois fascinante et terrifiante: le trône majestueux de Dieu et ses saints anges qui le louent continuellement.  Autre paradoxe: la louange des anges à l’égard de Dieu (« Saint, saint, saint est l’Eternel ») est suivie d’une affirmation plutôt surprenante. Alors qu’Esaïe ne voit que l’injustice, l’idolâtrie et la dépravation autour de lui (il ne verra d’ailleurs que « blessures, contusion et plaies vives » Esaïe 1:6) , les anges affirment: « Toute la terre est pleine de sa gloire »(Esaïe 6:3). Etaient-ils aveugles ou inconscients dans leur innocence de l’état réel d’Israël et du reste de la Terre?
Mais Esaïe a une autre préoccupation: il sait que « l’homme ne peut voir Dieu et vivre » (Exode 33:20)  et il comprend qu’il est en danger de mort. Et pour la première fois la missive qu’il prononce (« Malheur à… ») n’est pas pour les autres, mais pour lui-même: « Malheur à moi car [...]  mes yeux ont vu le Roi, l’Eternel des armées! » (Esaïe 6:5).
Cette vision a changé la vie d’Esaïe.
Comme nous l’avons dit plus haut, il y a une différence subtile avant et après la vision d’Esaïe: s’il lançait à tout bout de champ des imprécations « Malheur à… » (justifiées, rappelons-le) dans les 5 premiers chapitres (8 fois en 5 chapitres), son message a changé; il fait encore quelques imprécations mais celle-ci ont beaucoup diminué (12 fois  du chapitre 7 au chapitre 66) et il  oriente surtout son message sur la venue du Messie et le salut promis.
On peut donc tirer quelques clefs de cette vision:
- tant que nous nous comparerons aux autres, nous trouverons toujours des choses à reprendre chez eux
- quand nous nous comparerons au Dieu saint et juste, nous verrons immédiatement notre propre état et cesserons de critiquer ou de condamner les autres  (même si ces critiques sont fondées); nous chercherons plutôt à leur apporter espoir et salut en Christ.
- même si aujourd’hui le péché et l’injustice règnent en maîtres, le temps viendra, certainement plus tôt que nous  ne le pensons, où Dieu reviendra et où toute la terre  sera remplie de sa gloire

La différence s’est faite pour Esaïe au moment de la vision du trône de Dieu. Avons-nous eu une vision de Dieu, ou du moins une claire perception de sa personne?
Nous comparons-nous aux autres ou à Christ?
Puisse Dieu nous donner une claire vision de ce qu’Il est, une perception juste de sa personne et de son caractère, quelque soit la manière dont Dieu se révèle à nous: dans sa gloire et avec puissance, ou dans le murmure doux et léger de la méditation de sa Parole.

Auteur(s): Léon GUSTARIMAC