Thème(s) :

Infidélité de l’humain, miséricorde et sainteté de Dieu

« Mon peuple est enclin à l'infidélité envers moi ; on les appelle en haut, mais aucun d'eux ne se lève. Comment pourrais-je te traiter ? (...) Mon cœur est bouleversé, toute ma pitié s'émeut. Je n'agirai pas selon ma colère ardente, je ne reviendrai pas pour détruire ; car je ne suis pas un homme mais Dieu ; en ton sein je suis le Saint : je ne viendrai pas avec fureur. » Osée 11:7-9

On peut traduire littéralement par : « Mon peuple est suspendu — ou accroché — à son infidélité… » Car il s’agit vraiment d’une situation où l’infidèle s’emmêle tant et si bien dans le filet de son infidélité, qu’il s’en retrouve piégé, dans un état de totale paralysie. Suspendu ou accroché, privé de mouvement, à un point tel qu’il ne parvient plus à se lever. Incapable de poursuivre sa route, l’infidèle est victime de lui-même. L’infidélité n’est donc pas d’abord une offense faite à Dieu, mais une souffrance auto-infligée qui paralyse la marche de la Vie.

Et qui rend sourd ! « On les appelle en haut, mais aucun d’eux ne se lève… » Il est bien connu qu’il n’est pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre. Combien de fois nous arrive-t-il de maugréer contre ce ciel désespérément silencieux, tout en refusant de prêter l’oreille à cette voix intérieure que l’on appelle conscience ? Il y a en nous un espace sacré destiné à entrer en résonance, par une mystérieuse sympathie, avec cette voix d’en haut. Angélus Silesius, le poète mystique, disait : « Le ciel est en toi… » Encore faut-il entendre cet appel du large. Jésus répétait, après chaque parole qu’il estimait importante : « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende ! » Aujourd’hui, on dirait : « A bon entendeur, salut !»

La suite du passage peut surprendre. Dieu y paraît hésitant, perplexe quant à l’attitude à adopter avec l’infidèle : « Comment pourrais-je te traiter ? » Le Tout-Puissant s’exprime subitement avec une fragilité humaine et désarçonnante. Il en est lui-même troublé : « Mon cœur est bouleversé, toute ma pitié s’émeut… » Littéralement : « Mon cœur se retourne sur moi… » Il est courant, chez les prophètes, de trouver ces accents d’un Dieu fragilisé par son amour, démuni face à l’attitude à adopter, qui se repent même d’un sentiment de colère qui l’a traversé, qui tend désespérément les bras ouverts vers les humains, inquiet, tourmenté et soucieux. Rien à voir avec ces dieux de l’antiquité païenne, distants, durs, implacables, colériques, vengeurs, sanguinaires et guerriers.

Le texte est clair et sans ambiguïté : « Je ne suis pas un homme mais Dieu ! » Entendons bien ce que dit le texte. Au verset 3, Dieu dit qu’il veut attirer les humains avec des liens humains. Quand il s’agit d’exprimer sa tendresse, il le fait en termes d’humanité. Mais lorsqu’il est, comme ici, question de se distancer de la perversion, de la violence, de la vengeance, de la fureur et de la dureté humaine, il revendique alors avec force le fait d’être le Tout Autre. Cessons de projeter sur Dieu la perversité de l’homme. Cessons, une fois pour toutes, de créer un Dieu à l’image de ce qu’il y a de pire chez l’homme ! Parce qu’il est Dieu, dit le texte, il ne veut pas venir en destructeur. Quel serait ce Dieu qui donne la vie pour la reprendre ? Donner c’est donner… reprendre c’est voler !

« En ton sein je suis le Saint : je ne viendrai pas avec fureur. »

La sainteté est ici dégagée de son aspect terrifiant pour exprimer la volonté d’amour de Dieu. Littéralement, la sainteté exprime ce qui sort du commun, par opposition au profane. Dieu surprend ici, une fois de plus, en faisant de nos entrailles le lieu sacré de sa présence. C’est la raison pour laquelle il s’interdit de blesser cet écrin sacré et détourne toute colère et fureur destructrices. Etonnante bienveillance d’un Dieu qui prétend être présent, même au cœur de l’infidèle !

Source: Adapté du livre "Quarante cailloux blancs" (www.viesante.com)
Auteur(s): Thierry LENOIR