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Echelle et pont

« Il fit alors un rêve : un escalier était dressé sur la terre, et son sommet touchait au ciel ; les messagers de Dieu y montaient et y descendaient. Le SEIGNEUR se tenait au-dessus de lui. (...) Jacob se réveilla de son sommeil ; il dit : Vraiment, le SEIGNEUR est en ce lieu, et moi, je ne le savais pas ! (...) Il dit : Ce n'est rien de moins que la maison de Dieu, c'est la porte du ciel ! » Genèse 28.12,13,16,17

Il y a des rêves qui deviennent tellement significatifs qu’ils semblent pousser la porte du ciel. Surtout dans le contexte qui a mené Jacob au coeur de cette nuit d’angoisse
et de solitude.

Reprenons les choses dans leur ordre…

Jacob est en fuite. Ésaü, son frère jumeau, lui en veut à mort. Il faut dire que Jacob s’est montré lamentablement fourbe avec lui – c’est d’ailleurs l’une des significations de son nom : Jacob veut dire celui qui tient par le talon ou tout simplement le fourbe. Une sombre histoire d’usurpation de droit d’aînesse pour un plat de lentilles, la manigance d’une mère pour son fils préféré au détriment de son jumeau Ésaü en trompant de manière abjecte un père devenu faible, sénile, aveugle et manipulable… Trop c’est trop ! Toujours est-il qu’un matin, Jacob doit se résigner à fuir la colère de son frère pour échapper à une mise à mort certaine.

Après une journée de marche, la nuit tire son sombre manteau.

Le texte précise qu’ « Il prit l’une des pierres du lieu, la plaça sous sa tête et se coucha en ce lieu. » (Genèse 28.11)
Certes, l’oreiller choisi n’est pas des plus confortables ! Il fait même penser à un autel sur lequel était posée la victime sacrifiée pour apaiser le courroux de Dieu, ou tout au moins pour le rendre propice. Geste de désespoir ? On a l’impression que Jacob pose la tête sur cette pierre comme une victime qui attend la mort expiatoire, exprimant le comble de la détresse dans laquelle il se trouve. Nuit du désespoir et de la fuite. Nuit de la solitude. Nuit de la culpabilité. Nuit du « point de non-retour ».

Et pourtant…

C’est à ce moment précis, au comble du désespoir, que la porte du ciel s’ouvre par le rêve. Un escalier, ou une échelle, se dresse devant lui. Son sommet touche le ciel. Incroyable pont entre le ciel et la terre. Et sur les échelons la vie circule : des anges — littéralement : des messagers — s’y croisent en un incessant mouvement de va-et-vient. Là-haut, au sommet de l’échelle, Dieu en personne se tient. Il se met à parler : « Je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras (…) je ne t’abandonnerai pas… » (Genèse 28.15)

Au cœur de cette nuit, Dieu se révèle comme celui qui ne rompt pas le lien, quelles que soient les trahisons passées, quelles que soient les situations de fuite. Il se révèle comme le Dieu de la vie et des ponts encore et toujours possibles.  l n’y a pas de nuit trop dense pour que Dieu ne puisse y fendre une brèche pour y glisser sa lumière.

Bien des années plus tard, Jésus appelle ses premiers disciples pour une incroyable aventure de la foi. Il s’approche alors d’un certain Nathanaël. Ce dernier est subjugué par la perception de Jésus qui le révèle dans son intimité profonde. C’est alors que Jésus lui dit : « Vous verrez le ciel ouvert, et les anges monter et descendre sur le  Fils de l’homme. » (Jean 1.51) Fils de l’homme était l’expression qu’il aimait utiliser pour se désigner. N’y a-t-il pas là une allusion évidente à l’épisode de l’échelle de Jacob ? Ainsi, Jésus incarne ce pont de Dieu qui traverse nos sombres turbulences, nos désespoirs, nos culpabilités morbides, pour porter le sourire et la tendresse bienveillante d’un Dieu qui ouvre une voie nouvelle.

En haut de l’échelle, au cœur de nos nuits, veille toujours le même Dieu.

Source: Adapté du livre "Quarante cailloux blancs" (www.viesante.com)
Auteur(s): Thierry LENOIR