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Désirée Désirade

« Je connais tes oeuvres. Voici, parce que tu a peu de puissance, et que tu as gardé ma parole, et que tu n'as pas renié mon nom, j'ai mis devant toi une porte ouverte, que personne ne peut fermer. » Apocalypse 3:8

Comme vous le savez, lors de son 2nd voyage vers le Nouveau monde, en 1493, l’expédition de Colomb avait épuisé ses réserves d’eau douce et il avait tant souhaité voir enfin la terre qu’il la baptisa « la Desirada » (c’est-à-dire « la désirée »), ce qui a donné la Désirade.
Malheureusement pour lui, cette île calcaire (située à une dizaine de km à l’est de la Pointe des Châteaux en Grande-Terre) étant bien aride, il dut continuer sa route vers la Guadeloupe proprement dite (précisément la côte de Capesterre), quelques dizaines de km plus au sud-ouest, pour trouver des sources abondantes d’eau douce.

La Désirade, c’est, entre autres choses, un art de vivre à un rythme moins soutenu qu’à l’accoutumée, sur une île magnifique de 11km de long sur 2 km de large (d’une superficie de 21,5 km²), balayée par les alizés, avec un plateau calcaire culminant à 273 m au dessus du niveau de la mer, et une population d’environ 1650 habitants résidant le long de la côte sud de l’île (la côte nord ne comportant que des falaises abruptes).
Par ailleurs, l’île de Désirade, qui était difficilement autosuffisante en eau potable avec ses maigres sources et son usine de dessalement d’eau de mer, fut reliée à la Guadeloupe continentale en 1991 par une canalisation sous-marine d’eau potable, permettant une alimentation normale des habitants et des visiteurs de l’île.

Si on laisse de côté les charmes et l’aspect touristique de la Désirade, elle rappelle par ailleurs une autre île, fort célèbre sur le plan historique et religieux, en l’occurrence l’île de Patmos, la plus petite île de l’archipel du Dodécanèse en mer Egée.
Les points communs sont nombreux, en effet, entre les îles de Patmos et de la Désirade. Tout comme la Désirade, Patmos est une île assez petite (14 km de long pour une superficie de 34,5 km²), assez peu peuplée (environ 3000 habitants) et son point culminant (le mont Profitis Ilias), quoique moins élevé, a la même altitude (269 mètres) à quelques mètres près.

Par ailleurs, tout comme la Désirade est alimentée en eau depuis la Grande-Terre, Patmos est approvisionnée en eau depuis l’île de Rhodes. De plus, et ce n’est pas le moindre des points communs entre les deux îles, au Ier siècle de notre ère, Patmos fut choisi par les empereurs romains pour servir de terre d’exil, une sorte de pénitencier insulaire. Ce fut d’ailleurs à Patmos que l’apôtre Jean, nonagénaire et dernier survivant des disciples du Christ fut envoyé en exil par l’empereur Domitien vers l’an 95.
La Désirade, quant à elle, fut choisie comme lieu d’isolement des lépreux de Guadeloupe dès le début du XVIIIe siècle (en 1725 pour être précis), mais ce n’est que 200 ans plus tard, en 1911, qu’une véritable léproserie fut construite sur l’île. Elle fut fermée en 1954 et on peut aujourd’hui en voir les vestiges de l’ancienne chapelle, puisque les autres bâtiments ont été rasés au milieu des années 1970.
Sources (Désirade & Patmos): CLG de la Désirade / DVD Archéologie en pays bibliques / Wikipédia

L’apôtre Jean, exilé sur Patmos, au lieu de s’y morfondre, y écrivit ce qui demeure, avec son évangile, l’une de ses plus belles œuvres littéraires et théologiques qui constitue d’ailleurs, dans tous les sens du terme, le couronnement du livre et des croyances bibliques.
Nous aussi, il peut nous arriver de nous sentir seul, isolé dans les difficultés, la maladie, voire pour certains, la vallée desséchée de la dépression !
Si nous relevons la tête dans ces moments, si nous nous laissons inspirer, c’est alors que nous pourrons donner toute la pleine mesure des talents et des dons dont nous disposons.
Comme le disait Martin Luther King (in La Force d’aimer) : « La véritable grandeur d’un homme ne se mesure pas à des moments où il est à son aise, mais lorsqu’il traverse une période de controverses et de défis ». (Merci à Yannis de nous avoir rappelé cette citation, il y a quelques mois)
Et rappelez-vous les paroles de Jean, rédigées à Patmos justement, dans son 3e chapitre de l’Apocalypse et au verset 8 :
« Je connais tes œuvres. Voici, parce que … tu as gardé ma parole, et que tu n’as pas renié mon nom, j’ai mis devant toi une porte ouverte, que personne ne peut fermer. »
Comme le disaient nos grand-mères, « sa ki taw, la riviè pa ka chayéy’ ! » (qui peut se traduire par « ce qui t’appartient ne peut être emportée par la rivière »).
Nous parlons bien des capacités morales et mentales et des bénédictions (et non d’un bien immobilier qui pourrait, lui, être emporté par un tsunami ou une rivière en crue…)

Auteur(s): Olivier REGIS