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Dans le feu de l’action

« Moïse mena le troupeau au-delà du désert et arriva à la montagne de Dieu, à l'Horeb. Le messager du SEIGNEUR lui apparut dans un feu flamboyant, du milieu d'un buisson. Moïse vit que le buisson était en feu, mais que le buisson ne se consumait pas. Moïse dit : Je vais faire un détour pour voir ce phénomène extraordinaire (...) Le SEIGNEUR Dieu vit qu'il faisait un détour pour voir ; alors Dieu l'appela du milieu du buisson : Moïse ! Moïse ! Il répondit : Je suis là ! Dieu dit : N'approche pas d'ici ; ôte tes sandales de tes pieds, car le lieu où tu te tiens est une terre sacrée. » Exode 3:1-5

Etrange apparition divine au cœur d’une terre de désolation — Horeb veut d’ailleurs dire sécheresse. Cette montagne est appelée Montagne de Dieu, faisant partie du Mont Sinaï où Moïse reçut plus tard les fameuses tables de la loi appelées Les dix paroles écrites du doigt même de Dieu. C’est aussi sur cette montagne que le prophète Elie découvrit Dieu dans la caresse du silence (1 Rois 19.9-13).

Phénomène surnaturel donc, qui força Moïse à se dévier de son chemin. Il est significatif que la rencontre avec Dieu a lieu parce que Moïse a bien voulu se détourner de la voie prévue. Combien de rendez-vous sacrés avons-nous manqués à cause de nos rigidités et de notre refus d’accepter de perdre un peu de temps ? Combien d’horizons neufs se sont fermés à nous, car ils exigeaient de notre part l’acceptation d’un léger détour de chemin? Combien de possibilités d’émerveillements se sont éloignées de notre regard, car nous ne voulions pas intégrer l’imprévisible dans notre marche ?

Signalons aussi la place du regard dans cette rencontre. Moïse voit parce qu’il cherche à voir. Sa découverte est à la mesure de sa quête. Si nous ne voyons rien, n’est-ce pas parce que nous ne cherchons rien à voir ou parce que nous n’attendons rien ?

Mais voilà que la voix de Dieu, tout en accueillant Moïse en le nommant, freine son élan spontané. Comme si le fait de s’approcher de Dieu ne peut se faire à la légère : « Ôte tes sandales de tes pieds ! »

Geste très symbolique.

Devant Dieu on se présente les pieds nus. Les pieds ne sont-ils pas, durant la marche, les parties les plus vulnérables de notre corps ? Dieu invite à l’approcher dans la vérité de notre vulnérabilité et de notre fragilité, libéré de toute carapace protectrice.

Devant Dieu on est en contact avec la terre. Cette terre qui nous porte. Cette terre d’où l’on vient et où l’on retourne. Être en contact avec la terre, c’est être en lien avec ce qui fait notre identité profonde, notre humanité. C’est sans doute pourquoi Jésus s’accroupit vers le sol pour écrire dans la terre, lorsque des intégristes religieux lui demandent de lapider une femme adultère (Jean 8.6). Il oppose ainsi à la rigidité froide des spécialistes d’une loi écrite dans la pierre une parole fragile et humaine écrite dans la chair de la terre.

Devant Dieu on laisse aussi de côté toutes les impuretés accumulées sous les semelles de nos chaussures pendant le voyage. Que de poussières de ragots, de préjugés, de  rancunes, de culpabilités ne transportons-nous pas sous nos semelles ?

Dieu se manifeste donc dans le feu. Feu non pas du  jugement dernier — il ne consume pas et ne détruit pas – mais feu de l’amour et de la passion. Il est un feu qui se communique, comme ces langues enflammées lors de la Pentecôte (Actes 2.2, 3) ou ce feu qui embrase et réchauffe le cœur des disciples d’Emmaüs lorsqu’ils découvrent que Jésus a ouvert une brèche même dans le mur de la mort (Luc 24.32).

Le lieu sur lequel Moïse se tient est saint, car tout endroit où l’on rencontre Dieu est un lieu saint.

Et le buisson ardent peut se trouver partout… même, et surtout, en nous !

Source: Adapté du livre "Quarante cailloux blancs" (www.viesante.com)
Auteur(s): Thierry LENOIR