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Crier ou maudire

« Quand un malheureux crie… » Psaumes 34:7

Une étude scientifique parue en 20091 affirmait que jurer (injurier, dire des gros mots) a un effet bénéfique sur le seuil de tolérance d’une personne face à la douleur. En fait, jurer augmenterait ce seuil et permettrait de mieux tolérer la douleur, et plus longtemps. Un seul bémol à cette recherche : ce penchant, très répandu chez les adolescents et les hommes, et de plus en plus répandu chez les enfants et les femmes, au point d’avoir suscité aux États-Unis une académie2 et un livre3 pour apprendre à cesser de dire des gros mots, ne doit pas être le fait habituel de la personne qui l’utiliserait pour amoindrir sa douleur… Jurer comme moyen d’expression des émotions n’est efficace que s’il est exceptionnel.

Et voilà le problème, jurer est maintenant considéré comme une addiction (une de plus), un automatisme non plus censuré par les médias, mais largement légitimé. D’autres spécialistes qui étudient ce phénomène sous tous ses aspects le rattachent à une pauvreté généralisée du langage courant et une tendance accrue à voir le monde comme un lieu frustrant et hostile. On semble avoir perdu la joie d’être poli et courtois.

Certains spécialistes rappellent que cela peut aussi être le symptôme d’une maladie, le signe d’un désordre neurologique, le résultat de lésions aux lobes frontaux. La maladie de Gilles de La Tourette est caractérisée, entre autres, par des tics moteurs et verbaux (insultes et obscénités).

Mais à la base, et dans tous les cas, jurer, dire des gros mots, est définitivement un signe de peur et un moyen, funeste parce qu’inefficace, de soulager l’anxiété souvent dévorante qui est la toile de fond de ce comportement intimidateur et violent. Malgré le fait que dire des jurons soit si généralisé, jurer au travail, à la maison, dans la rue, est un moyen sûr de perdre le respect de ceux qui entendent ou reçoivent ces interjections.

Une autre étude a retenue mon attention. Je ne l’ai pas retrouvée (je lis beaucoup et parfois je néglige de noter les références) mais j’en ai retenu la pensée initiale : Le bébé et le bambin crient pour signaler leurs émotions, soulager leur stress et maîtriser leur anxiété. Plus tard, l’enfant se met à jurer en situation de stress. Bien sûr, si ses parents jurent, il ne fait que les imiter. Cependant, on remarque qu’en grandissant l’enfant perd progressivement la capacité d’avoir des réactions sincères et spontanées face aux crises de son existence, et il a recourt aux jurons qui surgissent du cerveau inférieur, la verbalisation des émotions en termes précis et sensés relevant du cerveau supérieur.

Si maudire ne peut être efficace que de façon occasionnelle, qu’est-ce qui serait souverain, à coup sûr, dans un monde où la douleur physique, morale ou spirituelle est générationnelle, universelle et chronique ? – CRIER. Le dictionnaire donne au mot crier le sens étymologique d’« appeler les citoyens au secours ». Appeler les citoyens, me direz-vous, pas sûr, pas sûr… En fait, crier c’est avouer son impuissance, et faire appel à une aide extérieure avec la certitude de la recevoir rapidement.

Que vous erriez dans le désert et marchiez dans la solitude, que vous viviez captif et dans la misère, que vous ayez en horreur toute nourriture et touchiez aux portes de la mort, que vous soyez éperdu en face du danger… lancez votre cri ! Qu’il soit aigu, déchirant, strident, étouffé, articulé, plaintif, sourd, ou guttural, lancez-le dans la direction du ciel et adressez-le à Dieu qui, depuis des millénaires, affirme sa volonté de vous délivrer de vos angoisses, de toutes vos détresses4.

Les blasphémateurs se livrent à la colère… Ils jurent, ils maudissent… et ils restent enchaînés. Les malheureux crient à l’Éternel… et ils trouvent le droit chemin, ils sortent des ténèbres et leurs liens sont rompus, ils sont guéris et échappent à la fosse, ils arrivent au port désiré.

Malheureux, et ayant crié du sein du séjour des morts, vous connaîtrez l’illumination suprême, seule capable d’effacer tension, anxiété, peur, inquiétude et stress : « Le salut vient de l’Éternel5. » Qu’un cri d’actions de grâces jaillisse de votre cœur, car l’Éternel est bon et sa miséricorde dure à toujours.

1. Stephens R., Atkins J., Kingston A., Swearing as a response to pain, NeuroReport, p. 1956, 1960, 2009.

2. Cuss Control Academy, Lake Forest, Illinois, U.S.A.

3. O’Connor James, The complete book on how to curb your cursing, Random House, 2000.

3. Psaumes 107.

4. Jonas 2.10.

Source: Danièle Starenkyj© 2013 www.publicationsorion.com
Auteur(s): Danièle STARENKYJ