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Cheminer avec Dieu

« Lorsque le pharaon laissa partir le peuple, Dieu ne le conduisit pas par le chemin du pays des Philistins, qui était pourtant le plus proche ; car Dieu disait : Le peuple pourrait avoir du regret en voyant la guerre et retourner en Egypte. » Exode 13:17 (NBS)

Regarder en arrière, dans notre vie, pour considérer le chemin parcouru peut être un moment riche de signification. Les hésitations, les faux-pas, les échecs, les joies, les demi-tours, les accélérations, tout prend un relief différent quand on le considère avec le recul du temps. Tout ou presque prend un sens, s’organise, trouve cohérence et devient cheminement du fait même du regard rétrospectif, alors que les événements n’ont souvent aucun sens ni aucun lien entre eux au moment où ils se produisent. Le temps donne du sens. Entre oubli et souvenir, la mémoire dessine après coup un chemin de vie.

À ce processus habituel de bilan pourvoyeur de sens, qui jalonne certainement toute vie humaine, le croyant ajoute une coloration particulière à son regard. À travers le jeu naturel des événements, il cherchera un fil conducteur divin. Sa foi en un Dieu qui prend soin de lui sera avide de percevoir des signes qu’elle recevra comme des interventions célestes, comme des portes ouvertes ou fermées par la providence. Une telle reconnaissance de la présence divine sur le chemin de vie est certainement la distinction principale entre une vie de croyant et une vie de sans-Dieu.

Il me semble que l’auteur du livre de l’Exode procède à un regard rétrospectif de ce genre lorsqu’il écrit à propos de la sortie d’Égypte, longtemps après les faits : « Lorsque le pharaon laissa partir le peuple, Dieu ne le conduisit pas par le chemin du pays des Philistins, qui était pourtant le plus proche ; car Dieu disait : Le peuple pourrait avoir du regret en voyant la guerre et retourner en Égypte. Mais Dieu fit prendre au peuple le chemin du désert, par la mer des Joncs1. »

Cette brève réflexion me paraît être typiquement une démarche de foi. Le bilan n’est pas particulièrement glorieux : les quarante années au désert ont été entachées par l’opposition, les récriminations2, la rébellion3 et même l’apostasie4. La mort5 et la guerre6 ont sévi, au point que la génération qui a traversé la mer des Joncs a péri avant l’entrée en Canaan7, pendant la longue errance dans le Sinaï. À maintes reprises, le peuple d’Israël a eu du regret et a demandé à retourner en Égypte8.

Malgré cette réalité douloureuse du désert, la réflexion de foi conclut que Dieu a épargné à son peuple la route la plus difficile, celle qui passait par le pays des Philistins, et qui aurait probablement découragé Israël jusqu’à le faire retourner à l’esclavage égyptien. En cela la foi voit-elle juste ou cherche-t-elle à justifier les quarante ans au Sinaï au moyen d’une formule religieuse masquant la réalité ?

Il est difficile sinon impossible de répondre à une telle question d’une manière neutre et objective. Toute tentative de réponse est probablement vouée à relever d’un parti pris, celui de la foi ou celui du cartésianisme pur et dur évitant toute référence à Dieu. Dans la situation qui nous occupe, nous pouvons relever quelques indices attestant que les Philistins étaient réellement une puissance redoutable, et qu’essayer de traverser leur territoire exposait à une guerre certaine : deux livres de la Bible évoquent un état de guerre chronique entre Israël et les Philistins, pendant plusieurs générations, auquel seul le grand roi et guerrier David parviendra à mettre un terme9.

On peut donc parler d’une « foi réaliste », celle qui, malgré les énormes obstacles rencontrés, reconnaît la main protectrice de Dieu qui a évité le pire, qui a épargné au peuple le surcroît insupportable de souffrance. Le « chemin du désert » était pavé d’épreuves et jonché de cadavres, mais le « chemin du pays des Philistins », bien que plus direct, aurait pu tuer dans l’œuf l’extraordinaire expérience de la libération d’Égypte par l’insoutenable overdose de difficultés.

Qu’il est bon, qu’il est réconfortant de placer sa confiance en un Dieu bienveillant et d’apprendre à identifier, sur le chemin parcouru et à travers les tourments, les signes de sa présence et de son acharnement à rendre efficace et définitive pour chacun son action de libération et de salut.

  1. Exode 13.17,18, Nouvelle Bible Segond.

  2. Voir Exode 15.24 ; 16.2,3 ; 17.3.

  3. Voir Nombres 12 ; 16 ; 17.6,7.

  4. Voir Exode 32 ; Nombres 25.1-3.

  5. Voir Exode 32.28 ; Nombres 16.35 ; 17.14 ; 21.6 ; 25.9.

  6. Voir Exode 17.8-16 ; Nombres 14.45 ; 21.1-3,21-35 ; 31.

  7. Voir Nombres 14.29-35.

  8. Voir Exode 14.11 ; Nombres 11.4-6 ; 14.1-4 ; 20.2-5 ; 21.5.

  9. Voir Juges 13–16 ; 1 Samuel 4.1 ; 5.2 ; 13.5 ; 17.23 ; 18.25 ; 23.4 ; 2 Samuel 8.1.

Source: tiré du magazine Signes des Temps (Editions Vie et Santé)
Auteur(s): Corinne EGASSE