Thème(s) : ,

Abandonner toute vengeance à Dieu

« Le Seigneur sera juge entre toi et moi, et le Seigneur me vengera de toi ; mais ma main ne sera pas contre toi. » 1Samuel 24:13 (NBS)

L’heure de la vengeance a enfin sonné. L’ennemi est là, désarmé, impuissant, à portée de main. Le jeu de cache-cache avec la mort peut enfin cesser. L’effusion de sang sera minimale, l’exécution d’un seul homme, le chef, mettant fin à la traque infernale qui dure depuis si longtemps. Il est là, juste là, dans l’ombre. Le tuer est un jeu d’enfant.

« Trois mille hommes d’élite1 » contre six cents2 mi-brigands mi-vagabonds, le combat est inégal. S’il s’éternise, c’est que le terrain est propice à la guérilla, les « endroits escarpés d’Eïn-Guédi » et les « rochers des bouquetins3 » rendant impossible toute bataille rangée. Mais les chances du paria David s’amenuisent. La paranoïa du roi Saül est sur le point d’obtenir le résultat fatal recherché avec fièvre depuis si longtemps.

En pleine poursuite acharnée, Saül entre dans une grotte « pour satisfaire un besoin naturel ». Gag : cette grotte est précisément le repère de David et de ses hommes. Ils sont là, cachés par l’obscurité des entrailles de la terre. Saül est seul, infiniment vulnérable. L’occasion est inespérée. David tient sa vengeance. Mais il ne peut attenter à la vie de cet homme-là. Le cœur palpitant devant son audace, il prélève discrètement un morceau du manteau de Saül – comme le tuer serait facile ! Il a assez d’autorité sur ses hommes pour les empêcher de massacrer le roi, qui ressort de sa grotte vespasienne satisfait, sans avoir rien vu, rien senti, rien entendu.

David est-il fou, lui aussi ? Pourquoi ne cède-t-il pas aux injonctions de ses compagnons, qui voient l’intervention divine dans cet incroyable concours de circonstances ?

David n’est ni fou ni lâche. Il est loyal. Absolument loyal. Et fidèle à Dieu. Pour lui, il n’est pas question de « porter la main sur l’homme qui a reçu l’onction du Seigneur ». C’est à ses yeux un principe sacré dont il ne saurait s’écarter, alors même que sa propre vie est menacée. Et il le prouvera à nouveau dans des circonstances semblables mais moins cocasses, quand il épargnera la vie de Saül une seconde fois4.

On pourrait lui objecter que Dieu s’est visiblement détourné de Saül, que ce dernier n’est plus qu’un roi de pacotille, un mort en sursis5, qu’il est lui-même, David, le nouveau roi choisi par Dieu et oint par Samuel. S’il débarrassait la terre de l’encombrante présence de Saül, fou, violent, imprévisible, tout Israël le louerait et le plébisciterait.

Mais David est loyal. Saül, son roi, son beau-père, son tortionnaire, fut en son temps choisi par Dieu, oint, populaire, aimé. Sa vie est sacrée. David le chef de guerre puis le chef de guérilla, David qui a tué et qui tuera encore beaucoup, David refuse de se venger lui-même. Il a compris que la seule manière de rester libre et digne est de rejeter toute vengeance et de la remettre à Dieu. Brandissant le morceau de manteau, il crie à Saül : « Le Seigneur sera juge entre toi et moi, et le Seigneur me vengera de toi ; mais ma main ne sera pas contre toi. Le Seigneur rendra la justice ; il sera juge entre toi et moi ; il regardera, il défendra ma cause, il jugera en me délivrant de ta main. »

Ni lâche ni faible, David doit déployer ce jour-là plus de force que dans aucun autre de ses combats. Il domine son propre goût du sang. Il renonce à ses moyens humains pour se fier à la justice divine. C’est dans la non-violence qu’il montre sa vraie grandeur.

  1. 1 Samuel 24.3.

  2. 1 Samuel 23.13.

  3. 1 Samuel 24.1-3. Nous considérons l’ensemble du chapitre 24.

  4. Voir 1 Samuel 26.

  5. Saül se donnera la mort lors de la bataille de Guilboa contre les Philistins, voir 1 Samuel 31.

Source: tiré du magazine Signes des Temps (Editions Vie et Santé)
Auteur(s): Corinne EGASSE