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La privation du père

« …comme un père porte son fils… » Deutéronome 1:31 (NBS)

Dans les années 1990, un mot nouveau, paternage, s’est imposé en Occident. Ce néologisme voulait définir l’ensemble des soins que le père peut donner à son enfant, et légitimer cette activité en lui donnant une valeur aussi fondamentale que le maternage.

Des auteurs ont relevé que le père qui désire être présent dans la vie de son enfant exerce alors un paternage conscient qui a pour effet de soulager le stress prénatal et postnatal subi par la mère, stress qui agit comme un agent tératogène, et devient aussi dommageable pour le développement du bébé que la drogue, l’alcool ou un médicament1.

En effet, dès sa conception, un enfant a besoin de protection. Pendant neuf mois, sa sécurité passe par la sérénité de sa maman. Or, sécurité de l’enfant et sérénité de la maman sont étroitement liées au comportement paternel du futur père et conjoint. C’est aussi simple que ça mais, comme on dit aujourd’hui, ce n’est pas évident !

Alors que beaucoup d’hommes doutent de l’importance de leur rôle dans le couple, cette réalité devrait leur donner le sentiment viril si recherché d’être indispensables dans cette mission grandiose du don de la vie et de sa préservation jusqu’à son plein épanouissement.

L’investissement paternel

À la recherche des divers modes d’expression du comportement paternel chez les animaux, les scientifiques ont observé qu’il se manifeste principalement, pour ne pas dire exclusivement, chez les animaux monogames : chez certains poissons et batraciens, chez les oiseaux dont 90% des espèces sont monogames, mais aussi chez des mammifères, dont le loup et le castor, tous les deux fidèles à leur femelle, et élevant leurs petits avec soin et tendresse.

Les observations des biologistes sont unanimes, à savoir que les espèces qui forment des couples à long terme sont aussi celles dans lesquelles on retrouve le plus fort investissement paternel. La fidélité s’exprime dans la protection et la défense de la femelle, puis dans les soins aux petits. En fait, l’investissement paternel, dans toutes ces espèces, est une condition de la survie des petits.

Le castor, animal sympathique, emblème du Canada, est un mammifère hautement monogame, au faible taux de reproduction, et qui exige pour la survie de ses petits un très fort investissement paternel. Dorlotés pendant deux à trois ans dans la hutte familiale, les petits quittent de mauvaise grâce cet environnement hyper protégé quand le moment est venu d’aller fonder leur propre logis.

D’autres observations indiquent que chez les mammifères volages, et particulièrement chez les mammifères polygynes (plusieurs femelles pour un mâle dominant), il y a plus de négligence envers les petits, plus d’abus, plus de mort accidentelle. On parle du lion infanticide, et du loup monogame. Ironiquement, le roi des animaux se révèle d’une très grande cruauté envers les lionceaux qui ne sont pas les siens, alors que le loup protège ses petits, veille au nourrissage de la mère et des petits, défend les louveteaux face aux prédateurs, joue avec eux, et même s’occupe de leur toilette.

Certains spécialistes du comportement humain voulant l’analyser à la lumière de la théorie évolutionniste s’appuient sur les comportements animaux. Ils y voient des correspondances humaines, et refusant absolument toute référence à la morale biblique, ils avancent l’explication du « tout génétique ». Le lion infanticide veut une descendance nombreuse qui lui soit propre, et donc qui véhicule et propage ses gènes « égoïstes ». Il tue ainsi les petits qui ne portent pas ses gènes, puis féconde un maximum de femelles. Il ne fait que répondre à l’impératif de survie inscrit dans ses gènes. Le castor, lui, opte pour les soins donnés aux petits pour que le plus grand nombre survive, et voilà pourquoi il a développé un comportement paternel.

On fait aussi appel à la régulation hormonale du comportement paternel. Prolactine, ocytocine, vasopressine favorisent le comportement paternel alors que la testostérone l’inhibe. Mais la nature s’en occupe, et on constate que les hormones du comportement paternel augmentent chez les mâles qui s’occupent de leurs enfants entraînant un abaissement temporaire de la testostérone. Ces phénomènes ont été étudiés chez les ouistitis mâles qui peuvent consacrer jusqu’à 70% de leur temps aux soins, à la protection, et à l’alimentation du bébé singe au cours du premier mois. Leur cerveau (cortex préfrontal) est modifié par la paternité : la densité des épines dendritiques (connexions entre les neurones) et le nombre des récepteurs de la vasopressine y augmentent transitoirement, puis reviennent à la normale une fois que le petit a grandi.

La volonté d’expliquer tout l’homme à travers le besoin animal de la transmission maximale de gènes égoïstes par le biais d’un nombre considérable de spermatozoïdes, (cellules petites, mobiles et dépourvues de réserve), déposés dans une femme qui produit un nombre limité d’ovules, (cellules grosses, immobiles et chargées de réserves destinées à l’embryon), réduit l’humanité à des « entités mécaniques insignifiantes dont la psychologie évolutionniste légitime toutes sortes de comportements aberrants»2.

Pères, je vous propose une autre vision du monde.

Une vision du monde humaine et non animale. Une vision du monde qui respecte non seulement la dimension physique et mentale de l’homme, mais aussi sa dimension spirituelle, cette dimension où s’inscrit l’amour désintéressé et responsable de l’autre3. Cet amour non monnayable, seul favorable au plein épanouissement de la vie humaine, peut soulager le stress prénatal et postnatal pour donner à l’enfant toutes les chances de se développer sainement. Il produit un très fort attachement du père à ses enfants et des enfants à leur père. Il satisfait ainsi ce besoin fondamental de l’être humain quelque soit son âge : la faim, insatiable, jusqu’à ce qu’elle soit apaisée, d’une présence paternelle.

Plus le système nerveux se complexifie, plus les soins destinés aux jeunes sont importants. Chez l’humain à la complexité mentale et nerveuse infinie, l’obligation d’assistance est prolongée, et cela d’autant plus si l’on tient compte de sa dimension spirituelle. Aujourd’hui, on ne doute plus de la contribution unique du père dans la vie de ses enfants, garçons et filles. On affirme que la présence paternelle favorise leur développement. Il est certainement important ici de souligner qu’un corollaire de cette faim du père chez l’enfant, amène souvent ce dernier à adopter une figure masculine qui deviendra son père, qu’il l’appelle papa ou non. Pour l’enfant, son père est celui qui s’occupe de lui de façon conséquente, et le fait naître à la vie. Pas nécessairement celui qui l’a fait venir au monde.

On sait que les enfants peuvent s’attacher profondément à leur père et qu’ils le perçoivent sur tous les plans comme étant différent de leur mère. Cette différence les aide à se différencier à leur tour de leur mère, et à développer un juste sens de leur individualité. Plusieurs études ont révélé que les enfants élevés par leur père sont des enfants actifs, vigoureux, robustes, et florissants de santé. Ils agissent avec compétence, savent régler les problèmes, ont de bonnes capacités d’adaptation, et de la résilience. Une caractéristique particulière de ces enfants est leur désir d’explorer le monde extérieur, leur curiosité, leur détermination, leur goût de vivre. Ils possèdent aussi une robuste flexibilité émotionnelle développée au contact double et différencié d’un père et d’une mère4. Avoir pour soi son papa et sa maman demeure la base et la condition du meilleur développement physique, mentale, et spirituel de l’enfant.

La privation du père

« La privation du père est un critère de prédiction de l’activité criminelle plus fiable que la race, l’environnement ou la pauvreté. En effet, les enfants privés de père comptent pour 72% de tous les meurtriers adolescents; 60% des violeurs; 70% des enfants incarcérés, et ont deux fois plus de chance de devenir des décrocheurs. Ils ont aussi onze fois plus de chances de devenir violents, et ils représentent trois adolescents qui se suicident sur quatre, 80% des adolescents dans les hôpitaux psychiatriques, et 90% des fugueurs. La privation du père est une forme sérieuse d’abus à l’égard des enfants qui est institutionnalisée et bien enchâssée dans notre système judiciaire5. »

Cette déclaration directe et sans détour des conséquences de la privation du père, faite par un Comité mixte spécial sur la garde et le droit de visite des enfants, devant le Parlement canadien, ne nécessite aucun commentaire. La privation du père, l’absence du père, la négation du père, l’indifférence du père, l’abandon du père sont une plaie hideuse qui défigure les sociétés et les rend hostiles au bonheur de l’humanité.

La vision du monde biblique possède la promesse lumineuse d’un miracle capable de transformer un pays dévasté en terre d’abondance : le retour du cœur des pères aux enfants et le retour du cœur des enfants aux pères6… Pères, puisse le don renouvelé de votre amour à vos enfants faire jaillir ce miracle alors que vous les gratifiez de la constance de votre présence. Pères, ne laissez personne ni quoi que ce soit vous faire douter de votre puissance fondamentale : celle d’aimer d’un amour qui ne périt jamais l’être que votre amour a engendré. Pères, c’est alors que vous accomplirez votre rêve depuis toujours caressé : refaire le monde !

1. Glover V., Les effets du stress prénatal sur le développement comportemental et cognitif des enfants, Encyclopédie sur le développement des jeunes enfants, 2011.

2. Roth A., La science découvre Dieu, Vie et Santé, 2009.

3. La Bible, 1 Corinthiens 13. 4-8.

4. The Effects of Father Involvement. An Updated Research Summary of the Evidence Inventory, FIRA-CURA Centre for Families, Work and Well-Being, University of Guelph, 2007.

5. Comité mixte spécial sur la garde et le droit de visite des enfants, Parlement du Canada, lundi le 27 avril 1998, 1330.

6. La Bible, Malachie 4.6.

Source: Danièle Starenkyj© 2013 www.publicationsorion.com
Auteur(s): Danièle STARENKYJ