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C’est qui qu’a péché ?

« Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? Jésus répondit : Ce n'est pas que lui ou ses parents aient péché. » Jean 9:2,3 (NBS)

Mais au juste, « qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle1 » ? Ah ! que voilà une question fascinante ! C’est qui qu’a péché ? Où est le coupable ? Qui va-t-on pouvoir accuser, condamner, vilipender, salir, bannir ?

Tous les prétendus justes sont là, dégainant leur vertu, prêts à tirer plus vite que leur ombre sur tout ce qui pèche. La chasse au pécheur est ouverte. Et les chasseurs sont nombreux à s’embusquer, guettant, épiant le moindre bruissement, fouinant, traquant, pistant la moindre empreinte signalant un possible péché. Pour ne pas risquer de rater le gibier, ils tireront avant même de s’être assurés qu’il s’agit bien d’un péché.

Qui a péché ? Les charognards accourent au rendez-vous, reniflant la chair en décomposition, déterrant les cadavres, dénonçant les coupables. Plus ça pue, meilleur c’est.

Qui a péché ? Lui ou ses parents ? Ams, tram, gram, pic et pic et colégram. À force d’espionner des yeux, je finirai bien par y trouver une paille2 ! Cette obsession du péché (des autres, évidemment)…

« Pour qu’il soit né aveugle », il faut bien une raison. On ne naît pas aveugle comme ça, par hasard. Quand quelque chose va de travers, il faut bien trouver un responsable, un coupable, un bouc émissaire, un lampiste, n’importe quoi ! Curieusement, quand ça va bien, nul ne se soucie de savoir qui il faut féliciter ou remercier… Expliquer, comprendre. Nous sommes tous passés par là. Quand nous tombons malades, quand une tuile nous tombe dessus, nous cherchons fébrilement ce qui cloche, ce qui nous a amenés là, ce que nous avons mal fait, ce que les autres ont fait ou pas fait. Cette obsession du pourquoi…

Quand les disciples croisent un aveugle de naissance, ils posent à Jésus cette question : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? » Si une telle question paraît surréaliste à un esprit moderne, elle était légitime à l’époque. Il s’agissait d’un débat ouvert, les uns penchant pour un péché des parents, les autres pour un péché du fœtus (et pourquoi pas ? cette obsession du péché…). Les pharisiens sont le pur produit de leur culture lorsqu’ils accusent ce même aveugle : « Toi, tu es né tout entier dans le péché3. » Il y a un vrai problème, et les disciples attendent de Jésus qu’il tranche.

Mais Jésus ne tranche pas. Il ne fuit pas la question, toutefois, et répond : « Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché4. » Stop ! Cessez de voir du péché partout. Cessez de chercher à tout prix des coupables. Cessez de prendre pour un pécheur celui qui est en fait la victime du mal en général. Cessez de stigmatiser des êtres qu’il conviendrait de plaindre et de secourir plutôt que de condamner.

Devant une situation désastreuse, Jésus ne se met pas en quête des causes mais il offre la solution. Devant une conséquence évidente du mal, il ne cherche pas le coupable mais il tend la main. Devant l’énigme de la souffrance, il ne sort pas la loupe du détective mais il guérit. Devant les zones d’ombre, il n’ouvre pas les placards pour en faire sortir les cadavres mais il fait jaillir la lumière.

Passer la vie des autres au peigne fin pour en débusquer tous les péchés n’est pas notre rôle. Farfouiller dans la fange des turpitudes des uns et des autres est destructeur tant pour le fouineur que pour l’examiné. Jésus, qui se présente à ce moment-là comme « la lumière du monde », veut entraîner les disciples dans son œuvre lumineuse : « Il faut que nous accomplissions les œuvres de celui qui m’a envoyé5. » Et que sont les œuvres de Dieu, sinon le bon, le bien, la guérison, le salut, la lumière, la vie ?

  1. Jean 9.2, Nouvelle Bible Segond.

  2. Voir l’image de la paille et de la poutre, Matthieu 7.1-5.

  3. Jean 9.34.

  4. Jean 9.3.

  5. Jean 9.4,5.

Source: tiré du magazine Signes des Temps (Editions Vie et Santé)
Auteur(s): Corinne EGASSE