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Enfanter avec douleur

«... tu enfanteras avec douleur... » Genese 3:15

Je suis maintenant grand-mère, mais je rêve encore à l’occasion que j’ai un bébé… Comme toutes les fois que je fais ce genre de rêve, je le sers avec effusion dans mes bras, et je ressens cette joie immense d’avoir à nouveau un petit être à aimer. Mais il est malade… et je ne sais pas comment, je le perds. Je me mets à le chercher et je me tourmente en me disant qu’il va mourir de faim. Je finis par le retrouver, mais ses yeux fatigués et tristes, son teint pâle, son petit pleur d’oiseau blessé, me déchirent…  et je me réveille.

Je me mets alors à penser…  et ce matin, j’ai réfléchi à la première femme, la première épouse, la première mère. J’ai entendu dans mon esprit son cri triomphant lors de la première naissance dans ce monde : « J’ai formé un homme avec l’aide de l’Éternel. » Elle n’a pas déclaré avoir fait un bébé, mais un homme, et pas avec l’aide de son mari, mais avec celle de l’Éternel… Oh, quelle euphorie, quelle jubilation, quelle ivresse ! Elle venait de procréer. Elle serait réellement la mère de tous les vivants. Cet accomplissement extraordinaire avait effacé la douleur de l’enfantement. Elle enfanta encore…

J’ai une amie qui a mis au monde sept garçons, chacun comme un trophée pour l’Éternel. Chaque naissance fut une victoire car, les regardant avec les yeux de son cœur, elle les a tous vus  devenant des hommes bons, purs et nobles. Et devant cette vision séduisante, elle a oublié les complications de ses grossesses, les souffrances de ses accouchements. Elle a recommencé jusqu’au chiffre parfait…

Le premier bébé fut juste ça, un bébé, mais comme tous les bébés, il a grandi, et un jour, effectivement, il a été un homme, un homme qui a tué son frère, le premier meurtrier, le premier maudit, le premier exilé, le premier fugitif, le premier citadin, le premier fils à briser le cœur de sa mère…  Perdre deux fils en même temps… La première femme, la première épouse, la première mère a brutalement réalisé qu’elle avait enfanté avec douleur.

Dernièrement, le visage de mon amie s’est creusé. Ses deux grands fils ont commencé à questionner les règles de la maison… Elle craint pour leur bonheur, et que  leur opposition ne dérange les autres frères. Plus douloureuses que les contractions de son utérus, sont maintenant les contractions implacables de son cœur de mère.

Enfanter avec douleur, c’est enfanter ailleurs qu’au paradis. Enfanter avec douleur, c’est former un futur homme avec  l’aide d’un homme présent, et un jour risquer d’avoir à le visiter à l’asile ou en prison… Mais alors que la souffrance fait son œuvre en silence, l’amour sur un chemin parallèle s’approfondit, et devient miraculeusement inconditionnel. Soudain, une mère se souvient que le salut, plus précieux que la vie, vient de l’Éternel.  « Seigneur, aie pitié de mon fils, qui est lunatique, et qui souffre cruellement. » Son cri devient supplication humble. Sa prière parvient jusqu’au Sauveur,  et sous ses yeux noyés de larmes reconnaissantes, le cœur débordant de gratitude éperdue, elle voit un homme naître de nouveau.

Source: Danièle Starenkyj©2013 www.publicationsorion.com
Auteur(s): Danièle STARENKYJ